per jocum
         N'ez eus nep rozenn gaer na den da c'hoenvin

 

 

                 

 

Au couchant, déjà... 

 

De la source rageuse et folle

Au sol aride et nu,

Naît, trop pure encore

L’espérance…

De la matrice glabre

En avril éphémère,

Eclate ce regard

Trop vif, trop bleu, trop pur ;

La lumière s’y attache,

Prise au piège

En filets de diamants.

De l’éden infernal

Le ru s’étire encore

S’élargit, s’enfle toujours,

Se farde d’illusions.

L’ombre le guette pourtant

Du printemps finissant,

Le soleil, plus fort déjà,

Plus dur, plus insolent,

Ternit ses jeux d’enfant.

Premiers pleurs, premières torpeurs !

L’esprit s’agace en vain

A briser la raison,

Au creuset immuable

Des passions qui se cherchent…

Bientôt l’éclat stupide

De querelles incertaines

Emaille de gris,

D’ongles qui s’émoussent

La jeunesse qui s’éloigne.

Le flot trouble

Des rancœurs nauséabondes,

S’enfle puis s’endort

Dans un lit trop douillet.

La moiteur de ses berges,

La vase molle et chaude

Vainquent ses ardeurs

Eteignent ses humeurs.

Par l’automne refroidi,

Un jour fade et sale

Lève ses paupières, lourdes

Sur des remous fangeux..

Une force immense s’agite,

Il le sait sans la voir,

Le destin se déguise,

Mais attire, insatiable ;

Les berges, déjà s’éloignent…

L’océan appelle, dur, infatigable.

Ou sont les souvenirs,

Lointains mais toujours creusés

Dans les prairies d’herbes folles,

De joncs, de bosquets palpitants,

Les longues coiffes frêles

En diadèmes irisés

Des aurores éclatantes ?

Ariane n’est plus, artiste de l’éphémère !

Perdus aussi les voiles diaphanes

des nymphes vaporeuses,

Des moires cristallines

Sans cesse rebondissant

Sur le caillou trop pointu .

Dans la vasque trop pleine

Des souvenirs vains,

Reste, après le rire,

L’illusion de l’amour,

La crevasse béante

De l’homme qui se vante

                         ph barbet

<

 

 A l'estran du monde

 

Par un jour de hasard

Aux fortunes du temps,

Le soleil disputait

Ses flaques éblouissantes

Aux ombres écrasantes

Des briques et du béton.

Le silence résonnait

De porche en porche,

Sourd de millions de vies.

Un souffle léger et sage

Susurrait aux peupliers

Quelque vain bavardage;

Avril semait dans son sillage

Un doux chant cristallin.

J'en étais là...

Passant trouble sans bagage,

Le regard trop lointain,

Presque éteint...

Les cartes étaient tombées,

Sans compter

Sur les jours, sur les nuits.

Jeune vieux ou vieillard sans age,

On regarde le monde

comme le fond d'une coupe

Après une nuit d'errance;

les couleurs, en séchant,

Ont perdu leur fragrance.

On signe en tremblant

L'épilogue du destin.

Ce jour arrive soudain,

Pareil à la chute profonde,

Au ravissement douloureux

Qui nous amène au monde.

Comme un souvenir d'enfance

Venu d'une autre vie,

Un visage reconnu

Que l'on a jamais vu,

Un sourire ,enfin...

Et le passé n'est plus

Que le début d'un voyage,

Un nouveau paysage

Que l'on croyait perdu.

.                          PH. B.