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Vie de SAINT GERMAIN
D’AUXERRE
(d'après Constance de
Lyon)

Celui qui allait devenir Saint Germain l’Auxerrois est né vers l’an 378 à
Auxerre. Il est donc contemporain de Saint Augustin et de Saint Jean
Chrysostome. C’est l’époque trouble des grandes invasions et du début de
l’effondrement de l’Empire Romain. Dans l’Église, les hérésies foisonnent.
C’est une période du christianisme où, après le martyr et l’ascèse, c’est
une vie exemplaire et entièrement vouée à la pratique des vertus
chrétiennes qui tend peu à peu à s’imposer comme idéal de vie. Les Évêques
vont jouer un rôle de première importance en tant qu’exemples vivants.
Parmi eux, Saint Germain d’Auxerre n’était pas seulement le chef d’une
communauté chrétienne mais encore témoin du Christ, modèle de vertu, homme
d’action en lutte contre les hérésies et en contact permanent avec les
pouvoirs politiques.
Le jeune aristocrate, le
fonctionnaire, l’Evêque
De la vie civile de
Saint Germain, nous ne savons presque rien, sinon qu’il est né d’une
famille fortunée de l’Auxerrois possédant des terres à Appoigny; Qu’il a
étudié dans les écoles Gauloises (Auxerre ou Autun ?), puis à Rome; Qu’il
devient brillant avocat; Qu’il épouse Eustachie, « une personne de
condition élevée, remarquable par ses richesses et ses moeurs » nous dit
Constance de Lyon, premier biographe de Saint Germain; Que ses talents le
font bientôt choisir par l’Etat pour « une haute charge gouvernementale et
administrative » et qu’il visite en personne les territoires dont il a la
charge; Enfin, qu’il fut élu évêque contre sa volonté à la mort de Saint
Amatre, Évêque d’Auxerre, en 418. Saint Germain avait alors environ
quarante ans.
Ses relations avec Saint Amatre n’avaient pas toujours été
bonnes, loin de là. Au temps où il était riche et puissant, Germain
n’aimait pas qu’on s’opposât à sa volonté. L’abbé Lebeuf, historien
d’Auxerre, relate :
« Saint Amâtre, Évêque d’Auxerre, fit couper un très beau et grand
poirier au milieu de la ville d’Auxerre, sur lequel Germain avait
l’habitude d’accrocher les nombreuses têtes des bêtes qu’il avait prises à
la chasse afin de s’attirer l’admiration des citoyens. Germain l’ayant
menacé de mort, Saint Amâtre se retira à Autun vers le préfet Agricole ».
Heureusement les choses s’arrangent...
Saint Germain exerçait sans doute une autorité ferme. La
suite des événements montre qu’il a su être tout aussi rigoureux à son
propre égard. Mais il ne devait manquer ni de bonté, ni de justice. Car à
la mort de Saint Amâtre, « tout le clergé et la noblesse, le peuple de la
ville et de la campagne se réunirent à le demander pour successeur de
Saint Amâtre. On lui déclara une espèce de guerre avec tout le respect
néanmoins qu’on devait à un homme de son rang ». Germain résiste comme il
peut, c’est à dire de toutes ses forces. Mais il finit par se soumettre à
une volonté aussi impérative qu’unanime.
Et lorsqu’il obéit, il ne fait pas les choses à moitié :
son épouse devient comme une soeur, il distribue sa fortune aux pauvres.
Il est évêque mais vit comme un moine. Il ne prendra plus jamais ni pain
de froment, ni vin, ni vinaigre, ni huile, ni légumes, ni sel. Il se
nourrit de pain d’orge dont il a battu et moulu lui même les grains. Il
dort sur un grabat de cendres. Sa maison est ouverte à tous et il lave
lui-même les mains et les pieds de chacun. C’est ainsi qu’il « mena une
vie de solitude au milieu des hommes et vécut comme un ermite dans la
fréquentation du monde ».
Il fonde un monastère en face d’Auxerre, sur la rive droite
de l’Yonne, où Saint Patrick prédicateur et premier Évêque d’Irlande
séjourna de longues années.
Puis viennent les miracles. Saint Germain retrouve le
voleur qui s’était emparé de l’argent du fisc perdu en route par l’agent
chargé de le rapporter au gouverneur. Il délivre la ville d’Auxerre d’une
épidémie de diphtérie. Il guérit des possédés. Lors d’un voyage en hiver,
Saint Germain veut faire une étape dans une maison abandonnée, à demi
ruinée, que l’on dit hantée. Lorsque effectivement apparaît un fantôme au
milieu de la nuit, Saint Germain évoque le nom du Christ et enjoint le
fantôme de dire qui il est et ce qu’il fait là. D’effrayant, le fantôme
devient suppliant : lui et son compagnon étaient des criminels, ils sont
morts sans sépultures, errent sans repos et tourmentent les vivants. Il
indique à Saint Germain où l’on avait jeté leurs corps. Dès le jour venu,
Saint Germain rassemble les habitants des environs, les exhorte à déblayer
l’endroit et les cadavres sont découverts. Saint Germain leur rend la paix
en donnant une sépulture chrétienne à leurs ossements.
Pendant le même voyage, Saint Germain guérit avec du blé
bénit les volailles qui étaient devenues muettes depuis des années et ne
chantaient plus au lever du jour. « Ainsi la puissance divine manifestait
sa grandeur même dans les plus petites choses » nous dit Constance de
Lyon.
Premier voyage de Saint Germain en
Grande-Bretagn
Des nouvelles
alarmantes parviennent aux évêques des Gaules en provenance de Grande
-Bretagne : l’erreur pélagienne avait gagné les populations de ces
contrées. Un concile fut réuni, qui décida d’envoyer ensemble Saint
Germain d’Auxerre et Saint Loup de Troyes pour combattre cette hérésie et
rétablir la foi orthodoxe.
Ils prirent la mer en 429. « Peu après accourt sur la mer,
à leur rencontre, la foule des démons... » afin d’empêcher les deux saints
d’arriver. L’épaisseur des ténèbres, la fureur du vent et le mugissement
des vagues sont terribles. Saint Germain, réveillé par ses compagnons,
invoque le Christ et invective l’océan, prend de l’huile bénite pour une
aspersion au nom de la Sainte Trinité. La prière dite d’une seule voix
par tous appelle la présence divine qui apaise bientôt les flots.
A leur arrivée une foule les attend. Prédication et
miracles remplissent l’Ile de Bretagne. Leur réputation les précède. Ils
convainquent. Une controverse publique est organisée avec les pélagiens,
suivie avec passion par une foule innombrable où se comptent « même des
femmes et des enfants »... Christ contre Pélage ! Les évêques opposent un
langage vigoureux et inspiré aux « paroles creuses » des pélagiens. La
foule manque d’en venir aux mains. La guérison d’une fillette aveugle
finit par convaincre et « la foule entre en transes ».
Pendant ce même séjour en Grande-Bretagne, Saint Germain se
casse le pied et est contraint de s’allonger. Eclate un incendie dans le
quartier où il est immobilisé, qu’on n’arrive pas à éteindre. Saint
Germain renvoie les gens venus l’évacuer de la maison menacée. Et
l’incendie épargne la maison, consumant toutes les autres autour.
Ces événements se mêlent aux invasions barbares de la même
période : alors que Saint Germain et Saint Loup se trouvent en
Grande-Bretagne, les Saxons et les Pictes commencent une guerre contre les
Bretons qui implorent l’aide des deux évêques. Ce sont alors prédications
quotidiennes au sein de l’armée Bretonne et de nombreux baptêmes de
soldats.
Pour la liturgie pascale on « installe une église faite de
branchages entrelacés ». L’ennemi informé de cette activité peu habituelle
pour une armée en guerre, croit à l’aubaine et veut en profiter pour
attaquer. Saint Germain s’improvise alors chef de guerre et organise la
défense : placée à un endroit stratégique, toute l’armée va hurler un «
Alléluia » trois fois répété, répercuté par l’écho des montagnes. L’ennemi
saisi de panique est mis en déroute sans effusion de sang, par la seule
force de la foi.
A son retour de Grande Bretagne, la cité d’Auxerre attend
Saint Germain avec impatience. Un impôt extraordinaire accable ses
habitants. Aussitôt rentré, il repart plaider la cause des Auxerrois
auprès du préfet des Gaules, à Arles.
Il voyage à cheval, avec une escorte modeste. Une nuit il
se fait voler son cheval. Le lendemain le voleur penaud ramène le cheval
car, dit-il, pendant toute la nuit il s’était senti comme pris dans un
filet. Il reçoit non seulement le pardon, mais on lui fait encore don de
ce dont il a besoin, ainsi que d’une bénédiction.
Partout où il passe, la foule vient à la rencontre de Saint
Germain, pour lui rendre hommage, demander sa bénédiction, le toucher,
l’écouter, le regarder. Il guérit, il enseigne. A Alésia où il passe la
nuit chez un prêtre ami, la femme de celui-ci glisse de la paille dans le
lit de Saint Germain à son insu, qu’elle conserve ensuite pieusement.
Quelques jours plus tard un homme devient possédé d’un
démon. Tous déplorent l’absence de Saint Germain qui avait continué sa
route. La femme du prêtre se souvient alors de la puissance de la foi. On
entoure le possédé avec la paille sur laquelle Saint Germain a dormi et le
malade guérit définitivement.
Le préfet des Gaules accueille Saint Germain avec tous les
honneurs, venant loin au-devant de lui. Saint Germain guérit la femme du
préfet. Son voyage est couronné de succès : il obtient un allégement des
impôts pour Auxerre et partout où il passe, il apporte la joie.
Deuxième voyage de Saint Germain
en Grande - Bretagne.
Une quinzaine d’années après son premier voyage, l’erreur pélagienne se
propage de nouveau en Grande-Bretagne. On demande à Saint Germain d’y
retourner, accompagné cette fois par Saint Sévère (probablement évêque de
Vence, en Provence). Elafus, personnage important en Grande Bretagne,
vient avec son fils infirme à la rencontre des saints hommes. Saint
Germain, là encore, guérit la jambe malade de l’adolescent. L’hérésie,
elle, n’est le fait que d’un petit nombre et les fautifs sont exilés sur
le continent.
Voyage à Ravenne
A peine
rentré de Grande Bretagne en 447, une délégation attend Saint Germain à
Auxerre, venant d’Armorique. Les Armoricains se sont révoltés contre le
gouverneur Aetius, ont chassés les fonctionnaires romains et se sont
donnés un gouvernement autonome. En représailles, Aetius abandonne le pays
aux pillages et aux cruautés des Alains.
Déjà, les cavaliers bardés de fer encombraient toute la
route. Saint Germain se porte à leur rencontre et, à l’aide d’un
interprète, supplie le roi Goar d’épargner le pays. Devant son refus,
Saint Germain saisit la bride de son cheval et arrête ainsi toute l’armée.
Le roi Goar, stupéfait par tant d’audace, est troublé par son inébranlable
résolution.
Puis ils s’entretiennent sur un ton affable et Goar promet
alors la paix à condition que Saint Germain demande la grâce pour les
Armoricains au gouverneur Aetius ou à l’empereur Valentinien. Aussitôt,
Saint Germain se met en route pour l’Italie afin de rencontrer le jeune
Empereur Valentinien qui gouverne l’Empire Romain avec sa mère
l’Impératrice Placidia.
S’arrêtant de nouveau chez son ami le prêtre Senator à
Alésia, il guérit une jeune fille muette dont il effleure la bouche, le
front et tout le visage avec de l’huile bénite. Il quitte son ami en lui
disant adieu, certain qu’il ne le reverra jamais en ce monde. Vers Autun,
il guérit une jeune fille dont les doigts restaient repliés sur la paume
de la main.
Alors qu’il traverse les Alpes en compagnie d’un groupe de
travailleurs immigrés rentrant chez eux en Italie, Saint Germain voit l’un
d’eux, âgé et boiteux, qui ne parvient pas à traverser un torrent de
montagne. Sans dire qui il est, Saint Germain porte d’abord les bagages de
l’ouvrier puis l’ouvrier lui même de l’autre côté du torrent.
Lorsque le petit groupe arrive à Milan, c’est jour de fête.
Beaucoup d’évêques sont réunis là. Saint Germain entre incognito dans
l’église bondée et à ce moment un possédé du démon se met aussitôt à crier
: « Germain, pourquoi nous poursuis-tu en Italie ? Pourquoi parcours-tu
ainsi tous les pays ? Reposes-toi afin que nous puissions être nous aussi
en repos ! ». Tous reconnaissent alors Saint Germain qui exorcise ensuite
le possédé.
Il poursuit sa route vers Ravenne lorsque les pauvres lui
demandent l’aumône. Il dit à son diacre de donner tout le contenu de leur
bourse. Celui-ci rechigne et lui rétorque : « Mais de quoi allons nous
vivre aujourd’hui ? » « Dieu y pourvoira » répond Saint Germain. Le
diacre, en homme prévoyant, donne deux pièces d’or et en garde une
secrètement. Ils sont alors rejoint par des cavaliers qui les supplient de
faire un détour pour aller chez Leporius dont toute la famille est malade
et implore la bénédiction du saint. Ils s’y rendent. Les cavaliers leur
offrent alors 200 sous d’or. Saint Germain, se tournant vers son diacre,
dit alors : « Prends ce qu’on nous offre et reconnaît le tort que tu as
causé aux pauvres, car si tu leur avais donné les trois pièces, celui qui
nous récompense nous aurait aujourd’hui rendus 300 pièces». Saint Germain
guérit en un jour toute la maisonnée de Leporius, maître et serviteurs
confondus.
Le séjour à Ravenne et la mort
de Saint Germain
A
Ravenne, on attend Saint Germain avec impatience. L’évêque Pierre et
l’impératrice Placidia l’accueillent avec joie et avec tous les honneurs.
Un jour, alors que Saint Germain passe au milieu de la foule sur une
grande place, il entend une grande clameur. Il demande ce que c’est. Ce
sont des prisonniers injustement retenus qui ont appris son passage et qui
l’appellent à l’aide. Saint Germain ne sait pas à qui s’adresser pour
faire libérer ces hommes. Il s’adresse alors à Dieu en se prosternant en
prières, face contre terre. Les serrures de la prison se brisent, les
prisonniers sortent et la foule les entoure et les mène dans l’église avec
une grande joie. Saint Germain guérit beaucoup de malades à Ravenne.
Constance dit que le Christ augmentait encore la puissance qu’il lui
avait accordée.
Lorsque le fils d’un homme important du palais est sur le
point de mourir de fièvre, la famille se tourne vers le Saint qui se hâte
au chevet du jeune homme. Hélas, il est déjà mort. La foule insiste alors
pour que Saint Germain le ressuscite. Il résiste longtemps puis se laisse
convaincre. Il fait sortir la foule de la pièce et s’allonge contre le
mort en priant. Peu à peu celui-ci reprend vie.
Entre-temps une nouvelle révolte éclate en Armorique,
réduisant à néant les efforts de médiation de Saint Germain auprès de la
cour impériale.
Saint Germain prédit sa mort prochaine. Il tombe malade et
demande à l’impératrice la faveur de voir son corps ramené à Auxerre. La
foule ne quitte pas son chevet, priant et psalmodiant en choeur. Au
septième jour de maladie, Saint Germain rends son âme à Dieu. Nous sommes
le 31 Juillet 448. Souverains et évêques se partagent ses vêtements. Le
corps est embaumé par application d’aromates, l’impératrice l’habille.
Lorsque ces préparatifs sont terminés conformément aux rites, le voyage en
Gaule s’organise.
C’est une véritable procession qui part vers la Gaule. « La
multitude des flambeaux brillait », éclipsant le soleil. Au fur et à
mesure du chemin, des gens accourent pour remettre en état la route ou les
ponts, pour chanter des psaumes ou porter le Saint un bout de chemin. Le
cortège arrive à Auxerre le 22 Septembre 448. L’enterrement a lieu le 1er
Octobre. Le voyageur infatigable a enfin trouvé le repos.
Saint Germain l’Auxerrois est indissociable de la
région où il est né, où il vécut et où il repose maintenant. Beaucoup de
paroisses de la région sont placées sous son patronage. Les villages de
Sainte Magnance, de Sainte Pallaye et d’Escolives-Sainte Camille
rappellent le souvenir des femmes qui ont suivi son cortège de Ravenne à
Auxerre. Ce Saint du 4ème siècle nous enseigne encore aujourd’hui la foi
par son obéissance et sa confiance absolues. Il agit non pour sa gloire
personnelle, mais pour la gloire de Dieu. Non pour son confort personnel,
mais pour le soulagement des pauvres et des souffrants. Constance de Lyon
le dit très simplement : « ...en guise de trésors inépuisables il portait
le Christ dans son coeur. »
Puisse-t-il nous aider à en faire autant, chacun à sa façon.
Saint Germain prie Dieu
pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.
Cette page a été
préparée par la Paroisse
St-Germain et
St-Etienne à Vézelay
en 1999.

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HISTOIRE du Prieuré de
VAUSSE
Au XIIème siècle, Anséric VI de Montréal, fils et petit-fils de la
Seigneurie de Montréal, décida de faire ériger le Prieuré de Vausse à
quelques kilomètres de Chatel-Gérard, dans une petite clairière située au
cœur de la forêt de Saint-Jean.
La construction se fit au cours du XIIIème siècle.
Le Prieuré dépendait d'une abbaye mère l'Abbaye du Val Des Choues, située
dans la forêt de Chatillon-sur-Seine. Le Prieuré de Vausse fut placé sous
l'égide de Saint Denis et de Notre-Dame.
Les fondateurs et bienfaiteurs furent donc Anséric VI de Montréal et son
épouse Nicolette de Vergy, enterrés ensemble dans la nef de l'église.
L'ensemble architectural du Prieuré, en comparaison des édifices
construits à la même époque, a un coté rustique, sobre dû à l'épuration
des lignes. Les matériaux utilisés ont été ceux de la carrière d'Anstrude,
située près de Bierry-les-Belles-Fontaines.
La communauté religieuse était composée de moines cisterciens (vingt et un
à son apogée) dirigée par un prieur.
Les moines étaient voués au travail, à la prière et menaient une vie
quotidienne rude et simple. Ils ne devaient pas quitter la communauté;
seul le prieur en avait le droit. Par ailleurs, ce derniers était élu par
les moines.
L'époque était aux croisades. Les grands de ce monde ne manquaient jamais,
soit au départ, soit au retour de leurs voyages en Terre Sainte, de rendre
visite à la Communauté et d'y faire de nombreux dons sous forme de
redevances annuelles en argent, en céréales, ou en matières premières, ou
en droit de pâture.
C'est ainsi que le Prieuré de Vausse devint riche et prospère. Les revenus
des moines étaient énormes; ils prélevaient des dîmes sur quarante village
des environs.
Les moines étaient très respectés dans la région grâce à leur grande
sainteté mais aussi grâce à la protection accordée par les Seigneurs et
Comtes de Bourgogne.
Une messe annuelle réservée aux pèlerins étaient célébrée dans l'église,
mais celle-ci ne suffit plus à contenir le nombre croissant des fidèles.
C'est ainsi qu'au XIVème siècle fut construite une chapelle accolée à
l'église, destinée à recevoir les pèlerins.
Peu après, au cours du XVème siècle, le prieur Guy BOSSON fit reconstruire
deux galeries du cloître qui étaient endommagées.
Au cours des deux siècles suivants, la réforme religieuse entraîna la
décadence, la fin de la prospérité et n'épargna pas le Prieuré de Vausse.
Le nombre de moines diminua d'année en année. Les dons, pourtant écrits,
furent contestés par les héritiers des donateurs et les moines intentèrent
des procès qu'il perdirent le plus souvent.
Le bâtiment, déjà en mauvais état faute de revenus, subit au milieu du
XVIIIème siècle un incendie qui détruisit la salle capitulaire et le
dortoir des moines. Ces bâtiments ne furent pas reconstruits, le nombre de
moines devenant de plus en plus faible.
En 1763, le seul moine vivant à Vausse est rappelé à la maison mère.
Durant six siècles, trente cinq prieurs se sont succédés à la tête du
Prieuré de Vausse.
Voilà comment se termine la vie monacale au Prieuré de Vausse. Mais il est
aisé, malgré les siècles écoulés, de s'imaginer l'ambiance de l'époque la
vie de labeur et de prière des moines, dérangés par les visites des Grands
de Bourgogne qui, dit-on, utilisaient Vausse comme pavillon de Chasse....;
les pèlerinages des paysans qui mettaient la communauté religieuse en
effervescence. La quotidienneté des moines consistait en travaux des
champs, engrangement des récoltes, ponctués par les appels à la prière.
VAUSSE Lieu de pèlerinage
Autrefois, dans la région, quand au cours d'une grande sécheresse les
paysans aspiraient à une bonne pluie qui se faisait attendre, tous se
mettaient en devoir de faire pèlerinage à Notre-Dame-de-Vausse. La
tradition est restée très vive dans la mémoire des anciens.
Les gens de Sarry, entre autres, se rendaient à pied par le chemin de
Vausse, le manteau plié sur le bras malgré le soleil resplendissant.
Arrivés à Vausse, dévotion faite, ils n'avaient plus qu'à revenir. Mais
couvert car l'eau du ciel ne résistait pas à la foi des fidèles et se
déversait en abondance.
A Sarry, on attribuait ce succès à Saint-Pioton (que l'on retrouve à Censy).
A Vausse, on peut voir un morceau de sculpture montrant une série de pieds
alignés (la partie supérieure ayant disparue). Serait-ce Saint-Pioton et
sa famille ou bien ou le reste d'un retable représentant six
apôtres......(un deuxième groupe de personnages semblables ayant
disparus).
Une autre tradition veut que les femmes se voyant privées de naissance
fissent pèlerinage à Vausse pour obtenir la fécondité.
LA FAIENCERIE
En 1792, Joseph DUMORTIER
acquit le Prieuré de Vausse où il fonda la faïencerie. Il était déjà
propriétaire de la faïencerie d'Ancy le Franc. La production consistait en
des objets utilitaires assiettes, encriers, plats, bouteilles, soupières,
mais aussi statuettes, reproductions d'animaux, bénitiers, carreaux,
fontaines, ainsi que de nombreux pots de pharmacie. Le musée de
Villiers-Saint-Benoît, spécialisé en faïence bourguignonne a d'ailleurs
réservé une vitrine à la production de Vausse. La pâte employée mêlait des
argiles recueillis à Anstrudes, des sables venant d'Etivey ou de Decize,
des argiles rouges venant des champs voisins.
La décoration spécifique de la région est cependant difficilement
attribuable à Vausse, aux Cornes ou à Ancy-le-franc puisque les ouvriers
sont passés d'une fabrique à l'autre et que l'on retrouve rarement une
marque au dos des faïences (un V). Les pièces étaient acheminées par
bateaux depuis Aisy-sur-Armançon, ou par voitures en empruntant les
routes.
ERNEST PETIT (historien bourguignon)
En 1803, M DUMORTIER céda la fabrique de Vausse à deux acquéreurs C.P.
LAPIPE et Nicolas PETIT. En 1820, LAPIPE mourût et Nicolas PETIT racheta
les parts à ses héritiers. C'est ainsi que le Prieuré de Vausse devint la
propriété de la famille PETIT (au demeurant, originaire de Sarry).
Le fils de Nicolas PETIT, François PETIT, à la mort de son père, continue
à diriger la faïencerie tout en exerçant sa profession de médecin.
En 1855, il confia la fabrication à J. PHILIPOT qui possédait la
faïencerie des Cornes tout en gardant pour lui la commercialisation.
La faïencerie de Vausse cessa sa production en 1858.
Parallèlement, en 1835 et au Prieuré de Vausse, nait Ernest PETIT. Après
de solides études, il devient ingénieur des Mines. Ses vacances à Vausse
décidèrent sa vocation. Surprenant une servante à couvrir les pots de
confitures avec des parchemins, il tenta de les déchiffrer. Puis, poussé
par l'attrait de ses premières découvertes, il trouva le recoin où ils
sommeillaient depuis des siècles.
Dès lors, la voie était tracée pour le jeune chercheur qui consacra sa vie
à l'histoire de la Bourgogne.
Sa plaquette inaugurale a été bien entendu réservée au Prieuré de Vausse,
puis il fit éditer en 1858 Avallon et l'Avallonnais, ouvrage illustré de
cinq cents pages. Son œuvre maîtresse fut le plus laborieux de ses travaux
L'histoire des Ducs de Bourgogne en huit volumes.
En 1859, il entra à la société des Sciences Historiques et Naturelles de
l'Yonne dont il devint le président en 1894.
En 1877, il fut élu Conseiller Général du Canton, dont il honora sa
fonction durant trente années. Il fut membre de l'Académie de Dijon durant
quatre ans. Il reçut la Croix de Chevalier de la Légion d 'Honneur en 1898
pour l'ensemble de ses travaux. Ernest PETIT mourut en 1918, à l'âge de 84
ans. Au premier étage de l'église du Prieuré, transformé en bibliothèque,
il trouvait l'isolement nécessaire à ses recherches.
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