COLLEGIALE  NOTRE  DAME  DE  L'  ASSOMPTION       MONTREAL   89

                                                                                                        

                                                                                                                    

  

  ( La description qui suit est celle d'un homme d'église, l'abbé Breuillard, curé de la paroisse de Cisery au 19ème siècle. Historien de la région,

   il donne l'impression au lecteur de revisiter l'édifice au bout d'un long  voyage dans le passé de 140 années. )

         "  L'architecture de l'église actuelle de Montréal étant l'architecture de la fin du XIIe ou commencement du XIIIe siècle, il résulte qu'elle a pris la place de celle qui existait ou fut bâtie

lorsque Anséric premier du nom y fonda le chapitre dont Robert Ier, duc de Bourgogne approuva la dotation, vers l'an 1070. Sa forme est une croix latine; classée depuis fort peu de temps

comme église monumentale, le gouvernement y a fait exécuter des travaux considérables, sous la direction de M. Violet-Leduc.                                                                 

          Le sanctuaire de l'église de Montréal est ajouré par une rosace de belle dimension et neuf croisées.  

         Au dessus des transepts, et de chaque côté du sanctuaire, on voit une chapelle également ajourée de deux croisées.

         La première à gauche en entrant,  côté oriental, est dédiée sous le vocable de Sainte-Alexandrine.

         La seconde à droite en entrant, côté occidental, est dédiée sous le vocable de la Sainte-Vierge. On y remarque l'autel portatif en albâtre d'Anséric de Montréal, à genoux et tenant son

 ceinturon sur le bras. L'armoire ou placard dans lequel on le renfermait après la célébration des hauts mystères est perdu; il est urgent de le faire entourer d'un cadre si l'on veut empêcher

 qu'il ne vienne à s'abîmer plus qu'il ne l'est déjà.

                                                                 TRANSEPTS

         Les transepts séparent la nef du sanctuaire. Ils sont l'un et l'autre ajourés d'une rosace de la même dimension que celle du sanctuaire, avec cette différence que le transept oriental

n'a que trois croisées, tandis que le transept occidental en a quatre. La voûte de la nef est soutenue par deux rangs de colonnes dont les corbeilles sont peu chargées de sculptures.

 Les bas-côtés sont l'un et l'autre éclairées de trois croisées.

                                                                 PORTAIL

         La partie supérieure du portail est ajourée d'une rosace correspondant à celle du sanctuaire, et de même dimension que les trois autres. Au dessous de cette rosace on voit une tribune

en pierres de taille, soutenue par une petite colonne ayant environ quatre mètres de hauteur. La façade du portail à l'extérieur est toute de pierres de taille et complètement uniforme,

couronnée dans son pignon par une croix ouvragée d'environ un mètre de haut, correspondant à celles qui couronnent le pignon du sanctuaire ainsi que ceux des transepts.

La porte est carrée et surmontée d'un plein-cintre soutenu par quatre rangs de colonnettes, entremêlés de trois rangs de fleurons, dont les corbeilles sont ornées de riches sculptures.

Un pilier ou meneau sépare l'ouverture en deux parties à peu près égales, entourées l'une et l'autre d'un cercle à dents de scie, entre lesquels on remarque aussi une file de cinq fleurons,

qui de prolongent d'en bas jusqu'au point où ces cercles commencent à se courber pour former le cintre et redescendre au point correspondant. Il ne paraît pas que la collégiale de Montréal

ait jamais été décorée d'une de ces tours majestueuses qui ornent nos basiliques du moyen-âge; cependant elle avait un clocher placé entre la nef et le sanctuaire.

                                                                 STALLES ENCORE EXISTANTES

         Les stalles, qui ont échappé au vandalisme de 1793, sont au nombre de vingt-six. Ce magnifique ouvrage, que les briseurs au siècle dernier ont dépouillé de la boisure qui s'élevait au-dessus

 des stalles, est dû au ciseau de deux frères connus sous le nom de Rigoley, de Nuits-sur-Armançon, et remonte à l'an 1522. Voici les sujets qu'ils ont sculptés aux extrémités de

quelques-unes d'entre elles.

                                                                 COTE ORIENTAL

         1er panneau.- Ce panneau représente Adam et Eve au naturel; un arbre chargé de fruits est placé entre eux deux; un serpent à figure humaine en enlace le tronc depuis la racine

jusqu'au moment où il passe sa tête entre les deux branches formant une fourche; il regarde les premiers pères du genre humain; Adam n'a pas plutôt mis dans sa bouche le fruit mortel,

 qu'il s'empresse de porter la main à sa gorge pour l'empêcher de descendre, tandis que Eve qui s'en aperçoit, s'empresse de la retires, tant elle a peur qu'Adam ne fasse pas comme elle.

Mais, si une femme a donné la mort au genre humain, une autre lui a donné la vie.

         2ème panneau.- Ce panneau représente une tentation; un lévite tient un livre dans sa main droite et tire de l'autre une espèce de tresse ou ruban à l'aide duquel il étrangle le monstre infernal

aux pieds et mains griffés, tête humaine surmontée de cornes de bouc. Ce monstre, à queue allongée, est acculé sur un vieux tronc duquel s'élance un arbre contre lequel son épaule est appuyée.

Au-dessus du panneau on voit un lutrin ayant un chantre de l'un et de l'autre côté;  l'un deux a la main appuyée et étendue sur le livre et est assis sur une chaise; l'autre tourne la tête de l'autre côté

pour voir ce qui se passe.

         3ème panneau.- Ce panneau représente la visite de la sainte Vierge à sainte Elisabeth. La vierge a une main posée sur le ventre de sa cousine; l'autre est placée derrière son dos, afin de mieux

sentir les mouvements de l'enfant. On aperçoit sur les montagnes un moulin à vent, avec une maison ou espèce de château dans les environs. Deux lions à la gueule béante, et se disputant un os

 qu'ils tiennent sous leurs griffes, couronnent le tableau.

         4ème panneau.- Ce panneau représente deux anges qui annoncent aux bergers, veillant à la garde de leurs troupeaux, la naissance du Sauveur. Des moutons qui paissent et un chien assis

décorent aussi le sujet.

                                                                 COTE OCCIDENTAL

         1er panneau.- Ce panneau représente le baptême de Jésus-Christ par saint-Jean sur les bords du Jourdain. Les jambes du Sauveur et de saint-Jean sont coupées. Deux arbres qui s'élèvent

sur les bords du fleuve ombragent le sujet. Deux anges soutiennent une espèce de draperie au dessus du Sauveur et de saint-Jean.

         2ème panneau.- Ce panneau représente le petit David assommant un lion qui s'élance sur lui la gueule béante; deux autres lions sont déjà abattus à ses pieds. Une touffe d'arbres et une espèce

 de tour complètent le tableau.

         3ème panneau.- Ce panneau représente saint Joseph penché sur son établi, regardant Jésus et Marie occupés à faire une robe pour le divin Enfant, tandis qu'un ange, aux ailes déployées,

fait rouler son petit carrosse en le poussant d'une main. Au-dessus d'eux on aperçoit suspendus les instruments du métier; une tarrière et quatre ciseaux. Les deux frères Rigoley, assis,

 le coude appuyé sur leur étable et se versant à boire, couronnent aussi le tableau.

         4ème panneau.- Ce panneau représente le Sauveur s'entretenant auprès du puits de Jacob avec la Samaritaine, dont le seau est appuyé sur la margelle; elle en tient l'anse d'une main,

tandis qu'elle tient la corde de l'autre. Un neuvième tableau, dont la stalle n'existe plus( c'était probablement celle du doyen ), représente la cérémonie de la circoncision.

 Le grand-père tient d'une main la tête de l'enfant Jésus qu'il regarde, de l'autre il tient un de ses pieds. La Vierge, les mains jointes, regarde aussi l'enfant; Joseph est derrière elle qui le regarde aussi;

à côté de lui, on voit un ministre, la tête ceinte d'une couronne de laurier, qui tient un petit panier contenant les linges et objets servant en pareille circonstance.

 On remarque encore trois autres panneaux ayant chacun deux mètres de hauteur. Le premier représente le Sauveur portant sur sa main gauche un globe, figure du monde;

sa droite est levée pour bénir. Le second représente la Vierge tenant l'enfant Jésus assis sur son bras gauche. Le troisième représente un prophète les yeux élevés vers le ciel;

 un livre est dans sa main gauche, il tient de l'autre une espèce de bâton que l'on pourrait prendre pour une épée. La chaire à prêcher, morceau du XVème siècle,

fixe aussi l'attention par la beauté de son travail.

                                                          CHAPITRE

       Le chapitre, fondé par Anséric Ier, se composait de dix chanoines à la nomination de l'évêque d'Autun, le curé de Montréal compris. Ce chapitre avait droit de députer aux Etats.

La Martinière dit que ces chanoines avaient chacun 300 livres de revenus. Godefroy, évêque de Langres, lui donna en 1138 le tiers des dîmes de laine et d'agneaux, ainsi que la moitié

des oblations qui se faisaient en la paroisse de Civry aux fêtes de la Toussaint, de Noël et de Saint-Jean l'Evangéliste, avec un droit de mortuaire dont le produit est affecté au service

de la chapelle Saint-Nicolas Anséric, sénéchal d'Hugues III, lui donna aussi, par acte de l'an 1170, droit de four audit Civry et Villers-Tournois, droit d'usage en la forêt d'Ervaux,

les tiers des dîmes des novales de Sainte-Colombe et d'Athies, avec deux muids de blé par moitié froment de grosses moutures sur son moulin de Montréal, à charge d'entretenir

une lampe ardente jour et nuit devant le grand autel.Guy de Montréal, seigneur de Beauvoir, trésorier de l'église de Langres, fils d'Anséric et d'Agnès de l'Isle, donna aussi,

 par acte de l'an 1199, un muid de blé par moitié froment et avoine, mesure de Rouvrai, à prendre sur les tierces de Sauvigny-le-Beuréal et Guillon, à charge d'une messe à l'autel Sainte-Catherine.

 Anséric, son frère, avoue et confirme ce don en 1207, et donne lui-même dans le courant de la même année une pareille quantité de céréales sur les tierces de Marmeaux pour son frère André.

 Etienne, évêque d'Autun, confirme en 1272 le droit qu'Henri, l'un de ses prédécesseurs, lui avait accordé de nommer aux cures de Saint-André-en-Terre-Plaine, de Saux, Trévilly, Athies, Provency,

 Angely et Massangy.Guy de Villarnout donne aussi, dans le courant de mars 1312, vingt sols de rente sur le moulin de Bussières.Le testament de Claude de Ragny ( 20 novembre 1501 )

 atteste qu'il avait fondé, au profit du chapitre, une messe en l'honneur de la très glorieuse et Très-Sacrée Vierge, qui devait se dire et célébrer en leur église tous les dimanches, immédiatement

après Matines, à diacre et sous-diacre et à double chantre; celui qui la chantait recevait pour sa peine sept blancs; si ceux qui remplissaient les fonctions de diacre et de sous-diacre étaient prêtres ,

 ils recevaient deux blancs; les chantres fors le curé en recevaient autant; les autres prêtres qui jugeaient à propos d'y assister recevaient chacun un petit blanc; de façon que le tout revenait à un gros,

 distribuable chaque dimanche, non compris une somme de 25 francs qu'il avait donné pour l'entretien de cette fondation, à prendre sur ses terres et prés de Trévilly.Messire Edme de Ragny,

chanoine de Montréal, donne aussi en 1519 une maison avec ses dépendances, assise au château de Montréal, à charge d'un anniversaire.Pierre Pelin fonde aussi, par acte du 14 novembre 1557,

 la récitation de la passion tous les vendredis.                                                

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